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Vers un sommet de l'UA consacré à la lutte contre le terrorisme et l'extrémisme

Soumis par Pr. Brusil METOU le sam, 01/17/2015 - 14:49

Résumé: Récurrence des attaques terroristes- violences- attentats- Boko Haram- jihadisme- cadre normatif et institutionnel – manque de mobilisation au niveau continental- nécessité d’une force continentale pour lutter contre le terrorisme en débat.

Dans un communiqué datant du 12 janvier 2015, l'Union Africaine condamne énergiquement les récentes attaques odieuses perpétrées par le groupe terroriste Boko Haram.  L’organisation continentale a en outre adressé son soutien à l’Etat du Cameroun dont l’armée repousse énergiquement les incursions des membres de Boko Haram sur son territoire. Tout laisse  croire que le 24e sommet des chefs d'Etat et de gouvernement de l'UA qui se tiendra du 23 au 31 janvier à Addis-Abeba, la capitale éthiopienne, sera consacré à la lutte contre le terrorisme et l’extrémisme en Afrique. Cette réaction de l’organisation continentale intervient dans un contexte marqué par la recrudescence des violences terroristes en Afrique et de l’inertie des institutions régionales. La mobilisation en France contre les actes terroristes perpétrés les 7 et 9 janvier 2015, et la compassion internationale marquée par la présence de nombreux Chefs d’Etat du monde entier apportent la preuve que la communauté internationale a décidé de lutter contre le terrorisme et de faire de la sécurité collective un élément important de son action. Que l’on parle d’extrémisme, de djihadisme, de terrorisme, etc, il s’agit de la même réalité. Le monde est traversé par de nombreux conflits civils, politiques et militaires. Au Moyen- Orient, la Syrie et l’Irak connaissent des violences et des attentats liés à la présence de groupes djihadistes (Al Qaïda et Daesh). L’Afrique, depuis la fin des années 1990 (Afrique de l’Est, Afrique de l’Ouest) paie un lourd tribut en vies humaines. Au Mali, l’intervention française en janvier 2013 a permis de contenir l’avancée des groupes djihadistes qui créent une instabilité chronique dans la zone sahélo-saharienne et surtout en Libye. Le groupe terroriste Boko Haram continue de tuer au nom d’un islamisme politique. L'Indice du terrorisme mondial 2014 a indiqué que le terrorisme avait flambé en Afrique depuis 2011 et que Boko Haram, les Shebab et Al-Qaïda au Maghreb islamique étaient les réseaux terroristes les plus violents sur le continent et avaient tué des milliers de personnes à travers l'Afrique subsaharienne au cours des deux dernières années. Il y a des indications comme quoi AQMI dispose de bases opérationnelles dans certains pays ouest africains et a tissé des alliances tactiques avec des groupes terroristes tel que Boko Haram au Nigéria, le Mouvement pour l’Unicité et le Jihad en Afrique de l’Ouest (MUJAO), le Mouvement National pour la Libération de l’Azawad (MNLA) et Ansar Eddine au Mali et au Niger. Ces alliances ont pris la forme de fourniture de formation et de soutien logistique d’AQMI à Boko Haram et autres terroristes formes de fonctionnement. En outre, il y a des soupçons que Boko Haram ait tissé des liens avec le groupe militant Al Shabaab de Somalie.  Plusieurs conférences concernant la lutte contre le terrorisme sont à l’ordre du jour. Les Etats- Unis souhaitent organiser une conférence internationale sur la sécurité au mois de février 2015. La plupart des pays de l’Union européenne réfléchissent sur les moyens de renforcer leur système de sécurité et de défense interne grâce au développement du renseignement et à l’amélioration de la coopération européenne. Le prochain sommet de l’Union africaine offre le prétexte de revenir sur le cadre normatif de la lutte contre le terrorisme (I) et sur l'enneficacité inquiétante de ce dispositif juridique (II).

I. Un cadre normatif impressionnant

Les États africains étant également les États membres des Nations Unies, il est nécessaire de partir du cadre universel vers le cadre régional.

A.Au niveau universel

Depuis plusieurs décennies, l’ONU a engagé des mesures concrètes pour combattre la menace terroriste parmi lesquelles on peut compter la négociation de plus d’une douzaine de conventions et de traités internationaux pour lutter contre des phénomènes spécifiques comme les détournements d’avions, les prises d’otages, les attentats à la bombe et le financement d’activités terroristes. Le Conseil de sécurité a condamné à maintes reprises les attentats terroristes et mis sur pied plusieurs organismes subsidiaires dont le Comité contre le terrorisme et sa Direction exécutive. L’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime et divers autres bureaux et organismes des Nations Unies s’occupent également de différents aspects de cette question. L’Équipe spéciale de lutte contre le terrorisme, établie en 2005 pour coordonner ces activités, comprend à présent 25 entités des Nations Unies associées à Interpol, l’organisation internationale de police criminelle.

En septembre 2006, l’Assemblée générale a adopté la Stratégie antiterroriste mondiale de l’ONU qui a marqué une évolution importante dans la lutte contre le terrorisme au niveau mondial ; le soutien à l’action engagée par l’ONU contre le terrorisme s’étend désormais à l’ensemble des États Membres. L’Assemblée générale a aussi élargi à cette occasion ce cadre pour y inclure non seulement des mesures de répression et de sécurité plus dures, mais également des dispositions destinées à traiter les conditions sociales, économiques et politiques sous-jacentes qui ont favorisé la propagation du terrorisme. Tout en reconnaissant que c’est aux États Membres qu’il incombe principalement de protéger leurs citoyens, cette stratégie souligne aussi le rôle du système des Nations Unies, des organisations régionales (comme l’Union africaine) et des organisations de la société civile.

Cette stratégie repose sur quatre “piliers”:

  • La lutte contre les facteurs qui favorisent la propagation du terrorisme, notamment par le biais de la résolution et de la prévention des conflits, la promotion du dialogue entre les religions et les différents groupes culturels, la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement, la lutte contre l’exclusion sociale et le soutien à une bonne gouvernance
  • La prévention du terrorisme et la lutte contre le terrorisme
  • Le renforcement des moyens dont disposent les États pour prévenir et lutter contre le terrorisme et du rôle de l’ONU dans ce domaine
  • La protection des droits de l’homme et de l’état de droit comme bases fondamentales de la lutte antiterroriste

De nombreuses conférences internationales ont été organisées pour lutter contre le terrorisme. Ces efforts tardent à porter des fruits, le phénomène gagnant en ampleur au fil des années. Sur le plan régional africain, un dispositif juridique tout aussi impressionnant existe.

B.Au niveau continental africain

Le principal système juridique régional qui s'applique aux États d'Afrique sub-saharienne en matière de lutte contre le terrorisme est celui constitué par l'Union africaine (UA). Dans ce cadre, deux instruments majeurs ont été adoptés : la  Convention de l’OUA sur la Prévention et la Lutte contre le Terrorisme (ou Convention d'Alger) et son Protocole à la convention de l’OUA sur la prévention et la lutte contre le terrorisme. Certains autres pays africains, tels les Comores, Djibouti, la Mauritanie, le Soudan et la Somalie, sont aussi  membres de la Ligue des États Arabes et de l'Organisation de la Conférence des États Islamiques qui ont respectivement adopté la Convention Arabe sur la suppression du terrorisme et la Convention de l'Organisation de la conférence islamique sur la lutte contre le terrorisme international. Il existe d'autres instruments juridiques sous-régionaux de lutte contre le terrorisme. Les États de la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale (CEMAC) ont adopté à Libreville (Gabon) le 27 mai 2004 un règlement portant adoption de la Convention relative à la lutte contre le terrorisme en Afrique centrale. L'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) a également adopté des textes sur le financement du terrorisme.

La convention de l’OUA sur la prévention et la lutte contre le terrorisme a été adoptée en juillet 1999, en Algérie, lors la 35e session ordinaire des chefs d’État et de gouvernement de l’OUA, aujourd'hui UA. La Convention est entrée en vigueur le 6 décembre 2002. Le projet de Protocole, lancé le 17 octobre 2001 lors du Sommet de Dakar, visait l'établissement d'un «Mécanisme pour la lutte contre le terrorisme», car la Convention d'Alger n'en prévoit aucun. Le projet a finalement été adopté comme Protocole additionnel à la convention de l’OUA sur la prévention et la lutte contre le terrorisme par la conférence de l’Union africaine lors de sa troisième session ordinaire, qui s’est tenue du 6 au 8 juillet 2004 à Addis-Abeba en Éthiopie. La conférence de l’Union africaine avait demandé à la commission de l'UA de prendre toutes les mesures nécessaires pour accélérer son entrée en vigueur. Le Protocole charge le Conseil de paix et de sécurité de l'UA de l'harmonisation et de la coordination au niveau continental, des efforts de prévention et de lutte contre le terrorisme. Le Commissaire en charge de la paix et de la sécurité est responsable du suivi des questions liées à la prévention et la lutte contre le terrorisme, avec le soutien du Centre africain d'études et de recherche sur le terrorisme (CAERT) crée en 2004, basé à Alger. L’Afrique ne manque certainement pas de bases juridiques pour prendre des mesures les plus contraignantes de lutte contre le terrorisme. Mais la mobilisation contre ce phénomène, comme d’ailleurs dans la plupart des autres  situations appelant à des réactions concertées, tarde à voir le jour.

II. Une inefficacité inquiétante

Il est difficile de parler d’une véritable initiative africaine en ce qui concerne la lutte contre le terrorisme. Il a fallu l’intervention de la France au nord Mali pour aider ce pays à freiner l’avancée des groupes terroristes vers la capitale en 2013. De même, c’est à Paris, à l’initiative du président français que certains pays africains, concernés par la menace de Boko Haram, se sont réunis et ont adopté un  communiqué final. En dépit des exactions commises par le groupe Boko Haram au Nigeria et dans l’extrême nord au Cameroun, de même que les attentats perpétrés par les mouvements schebab au Kenya, les dirigeants africains n’ont pas convoqué de réunion de crise, et n’ont point appelé à une solidarité régionale. De même, les pays africains n'invoquent pas les conventions régionales adoptées dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. Il est vrai que le 02 Septembre 2014, la capitale kenyane a abrité un sommet regroupant les quinze pays membres du Conseil de paix et de sécurité (CPS) de l’Union africaine dont le thème principal porte sur la lutte contre le terrorisme et l’extrémisme en Afrique. L'union africaine s'est engagée alors à collaborer davantage dans l'échange de renseignements et de ressources pour lutter contre l'extrémisme et le terrorisme sur le continent.

Le 16 janvier 2015,  après la grande mobilisation en France, une représentante des Nations unies et le président de la Communauté économique des États d'Afrique de l'Ouest, ont appelé, à réagir contre les islamistes de Boko Haram, qui ravagent le nord-est du Nigeria depuis six ans et exportent leur combat vers les pays frontaliers. Les pays concernés souhaitent aller jusqu'à la création d'une force armée régionale. "Nous ne pouvons rester là sans rien dire, à attendre les bras croisés que la communauté internationale intervienne, pas quand nos frères et nos sœurs sont massacrés et brûlés dans leurs maisons et dans les rues de leurs villes et leurs villages", a martelé le président du Ghana, John Dramani Mahama, qui préside la Cédéao. "Pas quand nos filles sont toujours quelque part à attendre qu'on vienne les chercher pour les ramener à la maison. Et pas quand nous avons en nous et autour de nous le pouvoir et la faculté de nous battre."  Le président ghanéen a ainsi fait pression pour qu'une réunion spéciale sur la menace terroriste en Afrique occidentale se tienne durant le prochain sommet de l'Union africaine, prévu du 23 au 31 janvier à Addis-Abeba, la capitale éthiopienne. John Dramani Mahama a déclaré, lors d'une réunion de l'organisation, qu'il espérait parvenir à "un plan d'action spécifique pour en finir avec le problème du terrorisme sur le continent" africain. Et ce dernier d'affirmer qu'il demanderait à l'Union africaine l'autorisation de créer une force multinationale qui serait à ce jour la réponse la plus aboutie à des militants, qui ont tué des milliers de personnes l'an dernier au Nigeria et ont commencé. La mise sur pied d'une force placée sous l'égide de l'Union africaine devrait prendre plusieurs mois, a précisé à Reuters John Dramani Mahama, notant que des questions clés comme son commandement, sa localisation et son financement n'avaient pas encore été tranchées. Une fois l'entité opérationnelle créée, l'UA devrait demander un mandat auprès du Conseil de sécurité des Nations unies pour la prendre en charge, comme cela s'est fait dans la région du Darfour, au Soudan, a ajouté le président ghanéen.

Peu avant cette réunion, le président camerounais avait déclaré que le Tchad enverrait un important contingent militaire au Cameroun pour l'aider à lutter contre les incursions de plus en plus fréquentes des jihadistes de Boko Haram.

L'attaque de Baga, au nord-est du Nigeria, au début du mois, où 2 000 personnes auraient été tuées, a conduit certains à appeler à un soutien international pour contenir l'insurrection de Boko Haram. Le groupe a étendu sa présence à certains secteurs du Niger, de l'extrême nord du Cameroun et du sud du Tchad.

Il y a ainsi une urgence  pour les pays africains et particulièrement les pays les plus menacés par ces jihadistes,  de s'entendre sur une structure de commandement et une stratégie communes pour une force régionale, comme l’a souligné un responsable des Nations unies. La plupart des pays africains doivent réfléchir immédiatement sur la manière de faire fonctionner réellement les différents cadres de coopération qu’ils ont institués pour lutter efficacement contre le terrorisme.  Au-delà des pays africains, la menace terroriste est une menace globale et universelle qui nécessite une réaction prompte et efficace de la communauté internationale. On a vu avec les attaques de Paris de janvier 2015 que l’éloignement n’est pas synonyme de sécurité et que nul n’est à l’abri du terrorisme. Le fléau a débordé le cadre de sa naissance et étend inlassablement ses racines dans le monde entier. C’est une menace globale à laquelle il faut apporter des réponses globales. “Le terrorisme nuit à tous les pays— petits et grands, riches et pauvres,” a déclaré en 2007 devant les États Membres M. Ban Ki-moon, le Secrétaire général de l’ONU. “Il prélève un tribut sur des êtres humains de tout âge, de tous revenus, de toute culture et de toute religion. Il porte un coup contre tout ce que représentent les Nations Unies. La lutte contre le terrorisme est notre mission commune.”