Vous êtes ici

La régionalisation de la lutte contre Boko Haram à Niamey

Soumis par Pr. Brusil METOU le sam, 01/24/2015 - 18:15

Résumé :   Intensifications des attaques de Boko Haram au Nigeria-incursions persistantes sur le territoire des États voisins, notamment au Cameroun- plusieurs réunions organisées- Absence d’une stratégie commune – récurrence des attaques- nouvelle concertation à Niamey- contours de la régionalisation de la lutte contre Boko Haram- voies ouvertes pour l’adoption et la mise sur pied d’une force multinationale de lutte-

Le 20 janvier 2015, Niamey, la capitale du Niger, a accueilli  la rencontre des ministres des Affaires étrangères et de la Défense de six pays africains et des représentants de sept autres États.  Un sujet épineux était au menu des travaux, à savoir : empêcher collectivement Boko Haram de continuer de se déployer en Afrique. Deux tables rondes devaient meubler ce menu, celle des ministres des Affaires étrangères et celle des chefs d'état-major avec un objectif déterminer des moyens concrets de lutte contre les terroristes. Mieux, il s'agissait, de procéder à une évaluation des résolutions du « Sommet de Paris sur la sécurité au Nigeria », du 17 mai 2014, et de la rencontre des ministres des Affaires étrangères du 12 juin, à Londres, et de celle d'Abuja au Nigeria du 3 novembre. Entamé à Paris le 17 mai 2014, le processus de concertation sur la Sécurité au Nigeria s’est poursuivi respectivement à Londres et Abuja avec le même objectif, à savoir la lutte contre la secte Boko Haram. Cette 3ème réunion de Niamey avait donc pour objectif de réfléchir en toute urgence sur les mesures devant rendre plus effectif l’engagement des pays de l’Afrique de l’Ouest et du continent en faveur d’une action collective.  En prenant la parole lors de la cérémonie d’ouverture, le commissaire Paix et Sécurité de l’Union Africaine, M. Ismaël Chergui a indiqué que Boko Haram constitue une grave menace non seulement pour le Nigeria, mais également pour la région et l’ensemble du Continent. Et comme tel, ses activités appellent les efforts conjoints de l’Afrique et de la communauté internationale, a ajouté le commissaire paix et sécurité de l’UA. La réunion de Niamey  a connu une mobilisation sans précédent sur le continent sur la question. Ainsi, aux côtés de leurs homologues du Bénin, du Niger, de Guinée équatoriale, du Tchad, on notait également la présence des représentants du Nigeria, du Cameroun et des représentants de sept autres pays : Allemagne, Canada, Chine, Espagne, États-Unis, France, Royaume-Uni. Il en est de même pour des représentants d'organisations régionales comme l'Union européenne (UE), l'Union africaine (UA) et de la Commission du Bassin du Lac Tchad (CBLT), qui ont milité pour l’opérationnalisation des actions contre les hommes d’AbubaKar Shekau.  Pour les pays partenaires, comme les États-Unis et l’Union européenne, il s’agissait, entre autres, d’analyser, en compagnie des pays membres du bassin du Lac Tchad, les dernières situations sécuritaires de la zone sous influence de Boko Haram. Ensemble, ils devaient étudier les mesures concrètes pour la coordination des actions actuellement en cours. Il a aussi été question de finaliser un projet de résolution à soumettre à l’Union africaine (UA) et au Conseil de sécurité des Nations unies en vue de mettre en place un cadre juridique approprié pour la lutte contre Boko Haram.

 La lutte contre Boko haram devient ainsi une lutte régionale (II) qui a cependant tardé à prendre corps à cause des divergences stratégiques des États directement touchés (II).

I.Intensification des attaques de Boko Haram et Absence d’une stratégie commune de lutte  

Boko Haram est né au Nigeria et s’est rapidement constituée en une menace pour les États de la sous-région, qui ne parviennent pas toujours à trouver une stratégie commune pour bloquer la progression.

A.Boko Haram : D’un problème interne à une menace régionale

La secte Boko Haram est née dans le nord est du Nigeria au début des années 2000 sous le nom de Jama’atu Ahlul Sunna Lidda’awati Wal Jihad (communauté des disciples pour la propagation de la guerre sainte et de l’islam). A ses débuts, il y a douze ans, celui-ci n’était encore qu’un mouvement religieux contestataire qui tentait de combler le vide créé par l’incurie des partis progressistes. Mais les docteurs Frankenstein du gouvernement ont fini par transformer cette secte en un enjeu géopolitique, principe actif d’un cycle attaques-représailles aussi spectaculaire que meurtrier. (« Aux origines de la secte Boko Haram » par Alain Vicky, Le Monde, avril 2012). Entre juillet 2009 et début février 2011, elle a revendiqué cent soixante-quatre attaques, attentats-suicides, exécutions et braquages perpétrés jusqu’au cœur de la capitale fédérale, Abuja ; neuf cent trente-cinq personnes ont été tuées, dont une très large majorité de Nigérians de confession musulmane. A mesure que le temps s’est écoulé, Boko Haram a étendu sa zone d’influence, d’abord sur le territoire nigérian, ensuite vers les zones frontalières des pays voisins. 

Ces dernières semaines, la situation sécuritaire s’est beaucoup dégradée. Boko Haram a pris le dessus sur les forces régulières du Nigeria. Des localités commet Malam Fatori, Damasak et tout récemment Bagas sont tombées une à une entre les mains de la secte islamiste. "La situation sécuritaire au Nigeria et dans le bassin du lac Tchad s'est considérablement dégradée", a estimé Mohamed Bazoum, pour qui la prise de la ville stratégique de Baga, au début du mois, dans le nord-est du Nigeria, témoigne de "la puissance de feu" de Boko Haram qui dispose "de plus en plus de moyens considérables". Selon Amnesty International, l'attaque de Baga est "la plus grande et la plus destructrice" jamais perpétrée par les islamistes depuis le début de leur insurrection en 2009. Celle-ci a fait plus de 13 000 morts au Nigeria et 1,5 million de déplacés.

 "La montée en puissance de Boko Haram traduit notre lenteur et notre incapacité à lui opposer une réponse robuste. Nous assistons, comme ce fut le cas au Mali, à la perte de souveraineté du Nigeria sur des pans entiers de son territoire et à l'exportation de la violence aux pays voisins", a déploré le ministre des Affaires étrangères du Niger, Mohamed Bazoum, en ouverture de la rencontre où treize pays africains et non africains sont représentés.

B. Absence de stratégie commune de riposte

Dès le départ, les États voisins du Nigerai ont considéré que Boko Haram est un problème nigérian, et qu’il appartient à cet Etat de trouver une solution à ce problème. Très vite, la menace sécuritaire que constituait le mouvement a gagné en ampleur et ses attques ont débordé son Nigeria natal pour regagner les rives camerounaises. Les autres États, dont le Cameroun, sont attaqués. Les relations de méfiance entre le Nigeria et le Cameroun et leurs désaccords sur la stratégie à mettre en oeuvre contre Boko Haram paralysent les initiatives visant à déployer une force régionale face au groupe islamiste armé. En octobre dernier, le Nigeria, le Cameroun, le Niger et le Tchad, les quatre pays bordant le lac Tchad, s'étaient entendus pourtant pour unir leurs forces face aux combattants islamistes. Le Bénin devait également s'associer à cette force régionale censée regrouper 2.800 soldats. Mais les désaccords entre le Nigeria et le Cameroun ont fait dérailler le processus. "L'obstacle principal à cette force multinationale provient de la méfiance historique et des tensions sous-jacentes entre deux acteurs clefs: le Nigeria et le Cameroun", indique Imad Mesdoua, analyste basé à Londres du groupe de consultants Africa Matters. Le Cameroun aurait notamment insisté pour qu'aucun soldat étranger ne soit déployé sur le territoire du Nigeria au motif que l'insurrection de Boko Haram constitue une affaire intérieure - le groupe islamiste prétend instaurer un califat dans le nord à majorité musulmane du Nigeria.

De même, Yaoundé aurait été préoccupé par la possibilité offerte à l'armée nigériane de franchir la frontière séparant les deux pays, en raison de la très mauvaise réputation des soldats nigérians et de leur comportement à l'égard des populations civiles (source diplomatique, citée par Jeune Afrique). Le Cameroun, mais aussi le Niger et le Tchad, doutent aussi de la volonté de l'armée nigériane d'affronter les islamistes. Les soldats que le Niger avaient envoyés à Baga ont ainsi été rappelés par Niamey face à la progression des combattants de Boko Haram, qui prenaient ville sur ville et chassaient devant l'armée nigériane, dont des soldats ont trouvé refuge au Niger. "Très rapidement, il est devenu évident que les soldats nigérians évitaient d'une certaine manière les combats et ne réagissaient pas énergiquement aux offensives de Boko Haram", dit un haut responsable militaire à Niamey. (Voir Jeune Afrique) "Le Tchad et le Niger, poursuit-il, ont décidé de retirer leurs soldats de Baga parce qu'ils ne voulaient pas servir de chair à canon."  Au Nigeria, où le général Chris Olukolade, porte-parole du ministère de la Défense, a réfuté ces accusations et défendu les forces armées "hautement patriotiques et engagées" de son pays, les autorités mettent en cause la passivité présumée des forces camerounaises qui laisseraient Boko Haram se servir du nord du Cameroun comme base de repli et voie d'approvisionnement.

C. Résistance de l’armée camerounaise et appel à la mobilisation

Face à l’incapacité de l’armée nigériane de stopper la progression de Boko Haram au Nigeria, le groupe terroriste a tenté à plusieurs reprises sans succès, des incursions en territoire Camerounais. Le président camerounais Paul Biya s’est montré déterminé à préserver l’intégrité territoriale du Cameroun, et à empêcher Boko Haram de s’installer sur son territoire. En effet, le président camerounais a mis tout les moyens nécessaires pour stopper la progression de la secte islamiste en territoire camerounais. Ce faisant, le  Cameroun a déployé près de 7000 hommes solidement et lourdement armés, tout au long de la frontière entre le Cameroun et le Nigeria. Deux opérations ont également vu le jour : l’opération Alpha, qui est menée par des Forces spéciales, et l’opération émergence menée par des Forces régulières. Le Représentant spécial du Secrétaire général de l’ONU et Chef du Bureau régional des Nations Unies pour l’Afrique centrale (UNOCA), M. Abdoulaye Bathily, a, dans un communiqué de presse, salué la bravoure des forces armées camerounaises face aux nouvelles attaques perpétrées par Boko Haram. Dans ce communiqué, Abdoulaye Bathily expliquait que « Malgré sa détermination, le Cameroun ne peut pas tenir tout seul dans cette guerre asymétrique contre les terroristes de Boko Haram », renouvelant son appel à la cessation immédiate des activités de cette secte islamiste dont il condamne les actes criminels. Le 10 décembre dernier, le Chef de l’UNOCA a alerté le Conseil de sécurité sur la situation critique sur le terrain, en se basant, entre autres, sur les résultats de la mission d’évaluation envoyée en octobre 2014 dans les zones touchées. « Ce qui se passe dans l’Extrême Nord du Cameroun est inacceptable », résume M. Bathily. Il rappelle en effet qu’au- delà de l’impact sur les droits de l’homme ainsi que sur le plan politique, sécuritaire et humanitaire, les attaques récurrentes de Boko Haram ont des conséquences psychologiques et socio-économiques dont la gravité est inquiétante. Plusieurs écoles n’ont pas pu ouvrir lors de la rentrée scolaire en septembre 2014.  Le massacre perpétré dans la ville de Baga dans l’Est de Bornou, ainsi que dans un marché au nord-est du Nigeria, avec l’implication des femmes kamikazes, parmi lesquelles se trouvait une fillette âgée seulement de 10 ans, donne la pleine mesure de la nature diabolique de ce groupe. Boko Haram ne se cesse d’élargir et de consolider ses positions dans le nord-est du Nigeria, mais il est aussi très actif dans les zones frontalières avec le Cameroun, le Tchad et le Niger. En outre, l’accroissement  constant du nombre des réfugiés affluant dans les pays voisins du fait des attaques du groupe terroriste fait craindre des tentatives d’infiltration et de déstabilisation régionales. Cette situation, a dit M. Ismaël Chergui, fait peser une plus forte pression sur les Etats de cette région déjà confrontée à d’autres défis sécuritaires.

L’appel de M Bathily, en plus de celui lancé par les présidents de la sous-région a permis la régionalisation de la lutte contre Boko Haram.

II. La mobilisation pour une régionalisation de la lutte contre Boko Haram

La réunion de Niamey est l’illustration d’une prise de conscience sur le plan régional et universel de la menace que constitue Boko Haram. Cette prise de conscience conduira certainement à l’effectivité de la force multinationale réclamée par les présidents camerounais et tchadiens.

A.La prise de conscience de la menace

1-Au plan régional

"Jamais depuis l’accession à leur indépendance, la survie de nos pays n’a été aussi menacée par le terrorisme, par les forces de la division et par le crime organisé", a affirmé  le président nigérien, Mahamadou Issoufou, dans son discours d’ouverture de la réunion de Niamey. En effet, plus de 10.000 personnes, majoritairement des civils, ont été tuées dans les attaques de Boko Haram et leur répression féroce par les forces de  sécurité nigérianes. Le conflit a également fait fuir de leurs foyers plus de 700.000 personnes. « Nous assistons, comme ce fut le cas au Mali, à la perte de souveraineté du Nigeria sur des pans entiers de son territoire et à l’exportation de la violence aux pays voisins », a déploré le ministre des Affaires étrangères du Niger, Mohamed Bazoum, au cours de la réunion de Niamey du 20 janvier dernier. C’est pourquoi, le représentant de l’Union africaine, présent à cette réunion a assuré l’engagement de l’organisation continentale à ne ménager aucun effort pour apporter tout l’appui nécessaire aux efforts des pays de la région et faciliter la mobilisation en leur faveur. ‘’Comme vous le savez, le conseil Paix et Sécurité  de notre organisation s’est constamment saisi de cette question et a  plusieurs fois exprimé la solidarité de l’Union  avec le Nigeria et les autres pays directement touchés par les activités de Boko Haram.  

Le conseil Paix et Sécurité, lors de sa réunion tenue  le 25 novembre 2014 à Addis-Abeba, a recommandé à la 24e session ordinaire de la conférence de l’Union Africaine qui se  tiendra dans quelques jours, d’adopter une déclaration de soutien aux Etats membres de la Commission du Bassin du Lac Tchad et au Bénin. Plus spécifiquement, le conseil a exprimé son plein soutien à la création et au déploiement de la force spéciale multinationale mixte en estimant que cette force représente un cadre approprié pour effectivement neutraliser le groupe terroriste Boko Haram.

2°Au plan international

1° Le conseil de sécurité des Nations Unies

Aux Nations Unies, les attaques de Boko Haram ne laissent pas indifférent. A ce sujet, Le Secrétaire général condamne fermement la poursuite des attaques de Boko Haram contre les civils au Nigéria. De même, le Conseil de sécurité des Nations Unies s’est montré préoccupé par la progression de Boko Hrama. Par deux reprises, dans une déclaration présidentielle, le conseil a condamné les attaques de la secte.

Le Conseil déplore et condamne vivement toutes les atteintes aux droits de l’homme et, s’il y a lieu, les violations du droit international humanitaire commises par le groupe terroriste Boko Haram depuis 2009, qui prennent notamment la forme d’actes de violence à l’égard des populations civiles, en particulier des femmes et des enfants, d’enlèvements, de meurtres, de prises d’otages, de pillages, de viols, d’esclavage sexuel et d’autres formes de violence sexuelle, et se traduisent aussi par le recrutement d’enfants et la destruction de biens civils.  Il se dit vivement préoccupé par les informations faisant état de violations des droits de l’homme, d’atteintes à ces droits et de déplacements massifs de populations civiles, notamment à destination des pays voisins du Nigéria.  Il rappelle la décision qu’il a prise de placer Boko Haram sur la Liste relative aux sanctions contre Al-Qaida.

Le Conseil exige de Boko Haram qu’il cesse les hostilités sur-le-champ et de manière non équivoque, qu’il cesse de perpétrer des atteintes aux droits de l’homme et de violer le droit international humanitaire, et qu’il désarme et démobilise. (Voir Le Conseil de sécurité exhorte Boko Haram à cesser les hostilités et à désarmer). Le Conseil exige la libération immédiate et inconditionnelle de toutes les personnes qui ont été enlevées et qui sont toujours en captivité, y compris les 276 écolières qui ont été enlevées à Chibok (État de Borno) en avril 2014.  Il considère que certains de ces actes pourraient constituer des crimes contre l’humanité et insiste sur le fait que les auteurs des violations des droits de l’homme, des atteintes à ces droits et des violations du droit international humanitaire, quelles qu’elles soient, doivent répondre de leurs actes.  Le Conseil rappelle qu’il incombe au premier chef aux États Membres de protéger la population civile se trouvant sur leur territoire, conformément aux obligations que leur impose le droit international.

Le Conseil exprime sa préoccupation face à l’aggravation de la crise humanitaire causée par les activités de Boko Haram, ayant entraîné le déplacement massif de Nigérians tant à l’intérieur du pays que vers les pays voisins, à savoir le Cameroun, le Tchad et le Niger.  Il se félicite, à cet égard, de l’appui fourni aux réfugiés par les gouvernements des pays en question, notamment avec le concours des acteurs humanitaires et des organismes compétents des Nations Unies, et invite la communauté internationale à apporter son aide dans les domaines qui exigent une attention urgente. 

Le Conseil se déclare profondément préoccupé par le fait que les activités de Boko Haram compromettent la paix et la stabilité en Afrique occidentale et centrale. Le Conseil prend note des conclusions adoptées à l’issue du Sommet de Paris, tenu le 17 mai 2014, dans lesquelles les pays de la région du bassin du lac Tchad ont souligné leur volonté de favoriser, notamment avec l’aide de partenaires bilatéraux et multilatéraux, l’échange d’informations, la coordination et la conduite d’opérations conjointes de façon à lutter plus efficacement contre Boko Haram, et de la suite donnée aux réunions ministérielles tenues à Londres et à Abuja.  Il prend également note du communiqué publié le 7 octobre 2014 par les chefs d’États participant au Sommet extraordinaire de la Commission du bassin du lac Tchad (CBLT), et du communiqué publié le 25 novembre par le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine sur les efforts déployés par les États membres de la CBLT et le Bénin en vue de combattre Boko Haram.

Le Conseil prend note de la décision des États membres de la CBLT et du Bénin de rendre opérationnelle la Force spéciale mixte multinationale, notamment par la mise en place d’un quartier général commun et le déploiement de contingents nationaux, aux fins de la conduite d’opérations militaires contre Boko Haram.

Le Conseil salue le projet d’organiser, le 20 janvier 2015 à Niamey (Niger), une réunion régionale visant à examiner les mesures à prendre au niveau régional pour lutter contre la menace que représente Boko Haram.  Il demande instamment aux États membres de la CBLT et au Bénin de poursuivre leurs activités de planification en vue d’assurer la mise en place effective, viable et durable de la Force spéciale mixte multinationale.  Il les exhorte à cet égard à recenser les moyens et les modalités du déploiement envisagé, tout particulièrement en ce qui concerne l’échange de renseignements et la conduite d’opérations conjointes. 

Le Conseil se félicite de l’aide que les partenaires bilatéraux et multilatéraux apportent déjà aux États de la région et encourage ceux-ci à accroître leur appui en vue de renforcer la capacité opérationnelle de la Force spéciale mixte multinationale, y compris par la fourniture d’une assistance financière et logistique, du matériel nécessaire et des moyens d’améliorer l’échange de renseignements, de façon à aider les pays de la région à lutter plus efficacement contre Boko Haram.  Il souligne que toutes les opérations de la Force spéciale mixte multinationale doivent être conduites dans le strict respect du droit international, notamment le droit international humanitaire et le droit des droits de l’homme.

Le Conseil prend note du communiqué du 14 janvier 2015 dans lequel le Gouvernement tchadien s’est engagé à appuyer activement l’action menée contre Boko Haram.  Il se félicite que l’Assemblée nationale du Tchad ait autorisé, à l’issue d’un vote tenu le 16 janvier 2015, les forces armées et les forces de sécurité tchadiennes à prêter main forte aux soldats camerounais et nigérians qui luttent contre les terroristes de Boko Haram. 

Le Conseil souligne qu’il faut traduire en justice les auteurs, organisateurs et commanditaires de ces actes de terrorisme inqualifiables et ceux qui les ont financés, conformément au droit international et aux résolutions pertinentes du Conseil de sécurité.

A la suite du conseil de sécurité, le Procureur de la cour pénale internationale est intervenu sur les exactions commises par Boko Haram.

2°Les préoccupations du Procureur de la Cour pénale internationale

L’escalade de violences au Nigeria a amené le Procureur de la Cour pénale internationale, Fatou Bensouda, à faire une déclaration dans laquelle être préoccupée par les exactions à grande échelle qui se poursuivraient dans le nord-est du Nigéria. Le procureur déclare :

« Mon Bureau continue de recueillir des informations au sujet du massacre d'un grand nombre de civils, de l'utilisation de filles et de garçons pour les faire participer à des hostilités et du déplacement massif de communautés par le groupe armé habituellement appelé Boko Haram. L'attaque menée dernièrement contre la ville de Baga et les villages limitrophes début janvier, ainsi que l'utilisation présumée de femmes et d'enfants pour commettre des attentats suicides à la bombe sur des marchés à Maiduguri et Potiskum, les 11 et 12 janvier 2015, marquent une nouvelle étape inquiétante dans l'escalade épouvantable de la violence. Il est intolérable que des civils, des milliers de femmes, d'enfants et d'hommes, soient pris pour cible.

Les crimes commis par des membres de toutes les parties au conflit armé qui sévit au Nigéria doivent faire l'objet d'enquêtes et de poursuites minutieuses menées en toute impartialité. En tant qu'État partie au Statut de Rome, le Nigéria s'est engagé à garantir que les crimes qui heurtent profondément la conscience humaine ne restent pas impunis, et je tiens à le lui rappeler.

À ce égard, je rappelle également que la CPI a compétence pour connaître des crimes relevant du Statut de Rome commis sur le territoire du Nigéria ou par des ressortissants de ce pays à compter du 1er juillet 2002 et continue de mener un examen préliminaire de la situation sur place. Personne ne doit douter de ma détermination, si besoin était, à poursuivre les principaux responsables de crimes de guerre ou de crimes contre l'humanité".

B. Le front commun contre Boko Haram en construction

La réunion de Niamey a permis de construction une vision convergente des dirigeants africains sur la lutte contre Boko Haram. Il s’agit donc de renforcer les effectifs et pourquoi pas d’élargir le nombre de pays contributeurs de troupes à la force mixte multinationale. Une force africaine qui pour l’heure est limitée au Nigeria, au Cameroun, au Niger et au Tchad. Il s’agit enfin de décrocher à terme le soutien logistique et financier de l’ONU pour cette force. Le Cameroun souhaite que ces renforts interviennent en urgence. « La montée en puissance de Boko Haram traduit notre lenteur et notre incapacité à lui opposer une réponse robuste », c’est en ces termes que Niamey, également menacé à ses frontières, a réclamé des actions pour mettre hors état de nuire les insurgés islamistes. Il s’agit enfin de décrocher à terme le soutien logistique et financier de l’ONU pour cette force. Le Cameroun souhaite que ces renforts interviennent en urgence. « La montée en puissance de Boko Haram traduit notre lenteur et notre incapacité à lui opposer une réponse robuste », c’est en ces termes que Niamey, également menacé à ses frontières, a réclamé des actions pour mettre hors état de nuire les insurgés islamistes.

1°Appel à une la coalition contre Boko Haram

Le président tchadien Idriss Deby a appelé à une large coalition régionale contre Boko Haram et a affiché sa volonté de reprendre Baga, située sur les rives du lac Tchad. L'engagement de l'armée tchadienne a été qualifié par Mohamed Bazoum d'"évolution positive la plus significative" dans la lutte menée jusqu'à présent contre les islamistes nigérians alors qu'une coopération promise entre plusieurs pays de la région peine à se matérialiser.

A son tour, le président ghanéen John Mahama, président en exercice de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao), a annoncé que les pays de la région presseraient l'Union africaine de créer une force multinationale contre Boko Haram lors du sommet des chefs d'Etat fin janvier à Addis-Abeba.

De son côté, le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, a exhorté sur les ondes de RTL, les pays de la région à « s’organiser entre eux pour contrer l’offensive dramatique » lancée par le groupe terroriste nigérian Boko Haram. « Il importe que les pays de la région puissent s’organiser entre eux pour pouvoir riposter à cette offensive dramatique qui peut déstabiliser l’ensemble de cette région », a déclaré Jean-Yves Le Drian.

2° Vers une force mixte effective pour lutter contre Boko Haram

Plusieurs mesures ont été envisagées à Niamey :

a.Activer l’existant

Le 7 octobre 2014, les pays membres de la Commission du bassin du lac Tchad (CBLT, qui comprend le Niger, le Nigeria, le Tchad et le Cameroun) et le Bénin annonçaient qu'une force régionale allait voir le jour. Les contingents militaires (700 hommes par pays) devaient être mis en place dès le 1er novembre, et l'état-major être fonctionnel le 20 novembre. Mais la force régionale peine à se concrétiser. Jusqu’à présent, cette initiative est au point mort. La coordination militaire est balbutiante, les structures opérationnelles ne sont pas prêtes. Divergences stratégiques et différents diplomatiques entravent également sa mise en place. Par exemple, le président Paul Biya défend l'idée d'un échange d'informations permettant des interventions coordonnées, mais chacun sur sa partie du lac Tchad, expliquent des sources sécuritaires citées par l'AFP.

Une autre initiative régionale existe, il s'agit de la Multinational joint task force (MNJTF). Créée en 1994 par le Nigeria, elle a vu ses attributions étendues en avril 2012 aux opérations antiterroristes. Le Tchad et le Niger y sont associés. La perte de Baga au bord du lac Tchad, où se trouvait sa base principale, a démontré son inefficacité. Car, au moment de l'attaque le 3 janvier, les troupes tchadiennes et nigériennes étaient absentes. La raison est simple : les contingents des pays voisins ont été rappelés il y a quelques mois à la suite d'un désaccord avec la politique d'Abuja jugée trop molle face au groupe terroriste.

b.Renforcer le dispositif

Tout porte à croire que la mobilisation observée ces dernières semaines aboutira à la mise sur pied d’une force mixte pour lutter contre Boko Haram. A cet égard, les discussions à Niamey ont tourné autour de la force mixte multinationale dédiée à la lutte contre Boko Haram. "Le sommet doit finaliser l’examen du déploiement des bataillons" de cette force "tout au long des frontières", a expliqué le président nigérien Mahamadou Issoufou, hôte de la réunion. Une "stratégie commune" doit également être mise en place afin de "mieux mutualiser" les capacités opérationnelles et de renseignement des armées participantes, a-t-il déclaré. La rencontre, qui n'était donc pas la première du genre, visait, en outre, l'opérationnalisation des actions contre la secte islamiste. Ce qui reste le maillon faible des différentes actions mises sur pied par les Etats concernés. Si on peut dans ce cas se féliciter de la prompte réaction du Tchad, qui a envoyé des troupes sur le terrain le week-end dernier, à la suite de l'appel lancé le 8 janvier 2015 par le chef de l'Etat camerounais, Paul Biya, la plupart des initiatives prises au cours de ces multiples rencontres tardent à produire des effets. Au-delà de la force régionale chargée de combattre Boko Haram qui devait être mise sur pied en novembre dernier dans la localité de Baga au Nigeria, depuis lors tombée aux mains de Boko Haram, il était, par ailleurs, question de la préparation d'un projet de résolution à soumettre à l'Union africaine (UA) et au Conseil de sécurité des Nations unies en vue de mettre en place un cadre juridique approprié pour la lutte contre la secte islamiste.

Il s’agit de rendre cette force opérationnelle. Le concept est approuvé par l’Union africaine (UA) représentée pour la première fois à ce format de réunion en la personne du président du Conseil Paix et Sécurité, Smaïl Chergui. Les chefs d’Etat de l’UA réunis en sommet la semaine prochaine à Addis-Abeba pourraient donc officialiser leur soutien à cette force. Une fois l'entité opérationnelle créée, l'UA devrait demander un mandat auprès du Conseil de sécurité des Nations unies pour permettre une partie de son financement, comme cela s'est fait dans la région du Darfour, au Soudan.

En attendant que la machine UA se mette en branle, la situation sur le terrain impose la mise en place d’une coalition temporaire qui dépend, en grande partie, de la volonté du Nigeria. Or, pour l’heure, Abuja n’a fait preuve que d’un timide enthousiasme devant la perspective d’une intervention tchadienne sur son territoire. "Tout soutien à nos opérations sera bienvenu mais il doit se conformer à nos propres opérations en cours étant donné qu'il s'agit du territoire nigérian", a déclaré, samedi, Chris Olukolade, porte-parole de l'armée nigériane.

Reste que pour nombre de spécialistes la stratégie adoptée par le Nigeria demeure inefficace. D’autant plus en cette période où l’activité politique est comme suspendue à l’élection présidentielle du 14 février. "Le pouvoir à Abuja est éloigné de la zone de combats. Et comme le président Goodluck Jonathan est obnubilé par sa réélection, il y a un vrai manque de volonté politique, commente à RFI, Marc-Antoine Pérouse de Montclos, professeur à l’Institut français de géopolitique à l’Université Paris-8.

Le 22 janvier 2015, l'Union africaine a appelé , hier, à "finaliser" rapidement la force régionale destinée à lutter contre Boko Haram, au lendemain du sommet régional de Niamey sur les moyens de combattre le groupe islamiste. Cité dans un communiqué de l'Ua, la présidente de la Commission de l’organisation, Nkosazana Dlamini-Zuma, a demandé l’adoption d’une résolution par le Conseil de sécurité de l'Onu donnant un mandat à la Force multinationale mixte (Fmm) et la création d’un "fonds d’affectation spéciale" pour son financement."Boko Haram constitue une menace non seulement pour le Nigeria et la région, mais également pour l'ensemble du continent. La situation requiert de la part de l'Afrique des efforts collectifs plus soutenus", a souligné Mme Dlamini-Zuma. La responsable a, par ailleurs, salué la décision du président tchadien, Idriss Deby, de déployer des troupes au Cameroun pour contribuer aux opérations en cours contre Boko Haram. La lutte contre Boko Haram figure en bonne place à l'agenda du 24e sommet des chefs d’Etat de l’Ua qui se tiendra dans la capitale éthiopienne les 30 et 31 janvier.